Immersion : Au meeting de… Jean-Luc Mélenchon 

article rédigé le 30 mars.

Le dimanche 27 mars dernier était une date clé de la campagne présidentielle. Face à Yannick Jadot au Zénith de Paris, et à l’autre meeting en plein air d’envergure, celui de Eric Zemmour au Trocadéro, Jean-Luc Mélenchon a rassemblé plusieurs dizaines de milliers de personnes sur la plage du Prado, à Marseille. Yekaa était présent.

Avant le meeting, une marche reliant le rond-point du Prado à la plage du même nom s’est déroulée dans une ambiance bon enfant. Les drapeaux de l’Union Populaire flottaient à côté des drapeaux tricolores, distribués en début de marche. Entre les distributions d’affiches, de journaux comme Fakir, les échanges et les rencontres, la politique vivait dans la cité phocéenne. “ L’ambiance était très bonne, les militants accueillants. J’ai remarqué qu’il y avait beaucoup de personnes âgées, c’est regrettable car les enjeux dont on parle sont futurs, ça serait bien que la jeunesse se mobilise et s’informe”, confie Samy, étudiant en master de communication, qui assistait, à 21 ans, à son premier meeting dimanche. “ J’ai des idées de gauche, mais je ne suis pas affilié à un parti. J’avais envie d’entendre ce qu’avait à dire Mélenchon”, ajoute t-il. Pour lui, le meeting représente “un moyen de mieux comprendre les idées car tout l’environnement est propice, facilitant la compréhension. »

La première partie du meeting était animée par Aurélie Trouvé, ancienne porte-parole d’Attac et présidente du parlement de l’Union Populaire, ainsi que Manuel Bompard, député européen et directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon.

crédit : Flickr

La ville de Marseille était alors mise en avant, présentée comme une terre de luttes, en citant notamment l’anarchiste Louise Michel. Le comédien Xavier Mathieu a également pris la parole, lisant un texte poignant, donnant de l’espoir à ceux qui souhaitent faire partie du processus de changement, de rupture, proposée par l’Avenir en commun, selon lui. “ Partout nous devons mettre la loi de l’intérêt général à la place de la loi du plus fort “ peut-on lire en introduction du programme porté par les Insoumis.

Puis, Azzédine Taïbi, maire communiste de Stains, en Seine Saint-Denis a livré un discours de rassemblement, autour de l’Union Populaire. Lui qui a préféré soutenir Mélenchon plutôt que Fabien Roussel, candidat du PCF, montre que les ponts et les points de convergences entre les deux sont nombreux, et toujours d’actualité. Originaire de région parisienne, Samy indique : “je salue la prestation du maire de Stains car ce qu’il a dit m’a particulièrement marqué. J’étais content d’entendre ces thématiques portées au niveau national.”

Mélenchon à la place du chasseur 

La transition s’est faite avec Caroline Fiat, députée LFI, première aide-soignante de l’histoire à siéger à l’Assemblée nationale. Elle a joué avec la foule marseillaise, hétéroclite, où les générations s’entremêlent, avant de laisser la scène à celui qui est très à l’aise dans cet exercice. Comme à domicile, le député des Bouches-du-Rhône a jonglé entre différents tons, différentes postures, et différentes formules rhétoriques afin d’emporter le public dans son argumentaire. “C’était plus théâtral du côté de Mélenchon, il avait plus de présence et de jeux sémantiques” précise Samy.

Concernant le conflit actuel en Ukraine, Jean-Luc Mélenchon a rappelé sa position de non-aligné. “Je vais reprendre une expression en latin qui dit que pour avoir la paix il faut préparer la guerre. Non ! Il faut préparer la paix et c’est tout !” s’exclame le candidat à l’Elysée.

“Ça me déprime un peu d’élire un président qui va être une sorte de roi, et de me dire que Mélenchon, pour qui je vais voter, n’a pas de chance d’être élu. Je suis déprimée par le contexte : la situation de la gauche avec tous ces petits candidats, la normalisation hallucinante des discours d’extrême-droite. La campagne a été hackée par la guerre en Ukraine mais même avant, on ne parlait déjà pas beaucoup des sujets intéressants : notre modèle de société, l’urgence écolo­gique…” confie Chloé , électrice de gauche, dans Libération.  

Ainsi, pour mettre à mal le fatalisme qui gagne les électeurs de gauche, et la population dans son ensemble, Mélenchon invite chaque citoyen à se mobiliser. 

Les thèmes qui sont mis en avant sont l’éducation, le social, et les retraites. Sur ce point, le député appuie sur le fait qu’il est le seul, en posture de se qualifier, à proposer la retraite à 60 ans. La partie sur l’éducation a marqué Samy :

C’est un enjeu qui me préoccupe beaucoup. Je suis attaché à l’éducation française, j’ai fait toute ma scolarité en France. C’est grâce à ça que je suis ouvert. La gratuité et l’égalité de certains services publics représentent le socle de ce qui est bien en France.« 

Samy à propos de l’éducation

Évoquant un système économique à bout de souffle, le programme mise sur une politique basée sur les besoins et la consommation populaire, justifiant une orientation tournée vers le travail, après avoir été tournée pendant plusieurs décennies vers le capital.

Je me retrouve dans ses idées, je les partage. A mes yeux, elles sont plus philosophiques que politiques. Je vis pour des aspirations universelles, cela peut être considéré comme utopique pour certains, mais pour moi c’est fondamental. Sans espoir d’une possibilité de vivre ensemble et de solidarité entre tous les êtres humains, je n’aurais pas envie de vivre.”

détaille de nouveau Samy

L’équipe de campagne du candidat constate la dynamique qui existe autour de l’Union Populaire et mise sur cette dernière atteindre ce qui était impossible il y a quelques mois, et qui semble aujourd’hui à leur portée, le 2e tour.

Au fil du discours, Mélenchon s’est positionné comme l’alternative possible à deux candidats qui se ressemblent sur le plan économique, ainsi que sur son ambition de déjouer les pronostics d’un match retour annoncé et attendu depuis plusieurs années qu’il qualifie de low cost. “Monsieur Macron c’est le programme économique de Madame Le Pen avec le mépris de classe. Madame Le Pen, c’est le programme économique de Monsieur Macron, avec le mépris de race.” synthétise-t-il.  

Le sprint final est lancé

C’est dans l’optique de se distinguer par rapport à Macron et Le Pen qu’il a tenu à s’en prendre aux deux candidats en tête dans les sondages, en pointant les différences majeures, et en rappelant sans cesse qu’il représente la solution, face à la crise démocratique, sociale,écologique, et qu’un autre monde est possible…

Parfois, le discours paraît simpliste, comme s’il suffisait de mettre un bulletin dans l’urne et qu’il soit élu pour que la société change radicalement, à travers le programme de rupture, qualifié ainsi par Jean-Luc Mélenchon, qu’il propose. 

Certains observateurs lui reprochent alors d’invisibiliser le rapport de force qui s’installera naturellement avec les forces patronales et financières notamment, rappelant que la base, d’où provient le soutien populaire, demeure essentielle dans un contexte de changements massifs.

Il est des programmes de réformes qui sont autant de mesures contre l’extension de l’exploitation. Encore faut-il connaître les conditions concrètes dans lesquelles ces réformes s’opéreraient : mesurer le rapport de forces nécessaire ; ne pas imaginer un capital se laissant faire ; bref, mêler enthousiasme, l’optimisme et la lucidité”

explique l’historienne Ludivine Bantigny dans son dernier ouvrage, L’ensauvagement du capital.
Photo de Nicolas sur Pexels.com

En individualisant la victoire collective espérée, l’ancien membre du Parti Socialiste tend à mobiliser les abstentionnistes, mais aussi à convaincre chaque personne qui se veut humaniste. Celui qui réfute le terme de vote utile sait qu’une partie des voix cruciales, dimanche 10 avril, seront aussi du côté des autres familles politiques de gauche. 

D’ailleurs, il a refusé tout commentaire, ou réponse, par rapport aux attaques dont il fait part. Elles proviennent de Yannick Jadot et Anne Hidalgo en particulier, qui accusent le candidat de gauche le mieux placé, d’être complaisant avec Vladimir Poutine. 

Désormais, reste à savoir si la gauche, plus désunie et éparpillée que jamais, arrivera tout de même, à passer par un trou de souris, expression chère à Mélenchon, pour atteindre le duel final, et se rassembler autour d’un candidat loin de faire l’unanimité.  “ Depuis début mars je commence à y croire, j’espère de tout mon coeur qu’il va se qualifier. Ce n’est plus la raison qui parle, c’est juste l’envie d’un gamin qui veut que ses idées l’emportent. Faire valoir une certaine idée de la France, celle du vivre ensemble.” explique Samy.

L’espoir demeure dans le rang des Insoumis, à l’aube du 1er tour : “Sommes-nous donc hypnotisés au point d’accepter le médiocre et le nocif, comme si nous avions perdu la force et la pénétration nécessaire pour exiger le bon”, questionne Rachel Carson, dans Printemps silencieux, dont la citation est reprise au sein du programme l’Avenir en commun.

Réponse dans les urnes, le 10 avril.

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