Rani Assaf : le chemin vers la démolition 

Pour certains, le mois d’août est synonyme de vacances, pour d’autres, c’est le moment de reprendre le travail. C’est notamment le cas des joueurs de football professionnels. Le championnat de France de Ligue 2 a repris depuis trois semaines et à Nîmes, rien de nouveau, au grand dam des supporters, des observateurs, et sans doute, des joueurs du club. Billet d’humeur du jour. Attention, elle est salée.

Amis supporters de Nîmes Olympique, les temps sont durs. Comment accepter une situation dont l’issue semble inéluctable : la fin du supportérisme actif dans le plus grand club gardois et le déplacement vers un football-spectacle, à l’opposé de ce qu’attendent les passionnés romantiques. Lors des deux premières rencontres à domicile, l’affluence n’a pas dépassé 3 000 spectateurs, signe que les belles paroles de Rani Assaf ne valent plus grand chose face à la situation réelle et ses chiffres implacables. Concernant ces derniers, le plus alarmant est celui de zéro. Le club nîmois, présidé par celui qui estime avoir tout compris, est le seul club professionnel français à ne pas avoir un seul abonné dans le cadre de cette nouvelle saison. Ce système, qui constitue un sésame unique pour les plus fidèles supporters, est une source de revenus pour le club, un nombre (globalement) fiable de spectateurs présents à chaque match et une preuve de fidélité à travers laquelle on se reconnaît. Abonné à Nîmes entre 2013 et 2020, ce système me permettait d’être récompensé pour ma fidélité à travers un prix correct et avantageux par rapport aux autres supporters. Sans oublier plusieurs avantages, comme la gratuité des matchs de Coupe ou le stress inexistant à l’approche de matchs qui suscitent un engouement énorme.

Mais, la crise sanitaire a donné une occasion en or à Rani Assaf de supprimer purement et simplement les abonnements au club, précisant que la décision est définitive, lui qui prétend que ce système est maintenant obsolète. Tellement obsolète que le SM Caen, qui évolue aussi en Ligue 2, compte plus de 10 000 abonnés. De son côté, le club lorrain de l’AS Nancy, tout juste descendu en troisième division, annonce 4 200 abonnés avant le début de leur saison, ce lundi 15 août. Pas de panique, Rani Assaf est un futuriste. Nous, qui devrions le remercier d’être monté en Ligue 1 sous sa présidence, avons juste à rester assis et attendre que le foot français ouvre les yeux. Petite précision, nous devons évidemment rester assis devant notre poste de télévision puisque ce même futuriste a décidé sans aucune raison – j’entends par là, sans aucune raison valable – de fermer une tribune populaire qui peut accueillir 3 500 spectateurs. Au sein du Pesage Est, nous avons des souvenirs, des rencontres, des émotions vécues, qui resteront gravées à jamais. Pour l’instant, il ne nous reste que ces souvenirs car le présent empêche à ces enfants, adolescents, pères et mères de famille, personnes âgées, de s’en créer à nouveau. Cette tribune fait partie du stade et représente un lien social vital pour ces gens, qui sont aujourd’hui méprisés et ignorés. Aux yeux de ces supporters, le Stade des Costières n’est pas qu’une enceinte vétuste qu’il faut démolir au plus vite, il est une partie de leur vie. 

Peut-être que c’est ça le plus triste. Empêcher à tant de passionnés la possibilité de dire, progressivement, adieu à un stade qu’ils ont fait vivre pendant plusieurs décennies. En arriver à ce stade dans le cadre d’une guerre d’égo que Rani Assaf s’obstine à mener avec l’effet pervers d’invisibiliser tout le reste est significatif du personnage. Un reste qui constitue…la majorité. Le pire, c’est de démolir et détruire ce qui a été créé avec un ensemble de jeunes passionnés qui découvraient les joies du foot il y a quelques années et qui ont aimé Nîmes avec les années Ligue 1. Ces jeunes, et on peut les comprendre, perdent cette passion et regardent ailleurs. Ce sont des générations de supporters que nous perdons tous les jours. Pas de panique, j’imagine que ces supporters reviendront lorsque l’hôtel avec vue directe sur le terrain du futur stade sera sorti de terre. C’est une évidence. 

Privés de stade, des supporters se sont installés devant pour regarder Nîmes-Rodez derrière les grilles de leur tribune, ce samedi.

Aujourd’hui, je suis en vacances, loin de la plus belle ville de France. J’ai eu l’occasion d’assister à deux matchs avec du public, de l’ambiance et de la ferveur. Des termes qui ne semblent pas faire partie du vocabulaire de “notre” président. Mépris, vision horizontale du pouvoir et criminalisation constante du moindre signe de contestation, l’ancien dirigeant de Free n’a pas volé sa casquette de dominant. Président-actionnaire et futur propriétaire du stade, l’homme d’affaires a tout ce dont il a besoin pour mettre en place sa politique, tant pis pour nous. De notre côté, à part subir et s’exprimer pendant des heures – comme je le fais actuellement – au sujet de la situation, nous ne faisons pas grand chose. Il faut dire que la marge de manœuvre est faible. En février, une action non-violente d’une cinquantaine de personnes a suscité la colère du président nîmois. Résultat : interdiction de stade des Costières pour la plupart de ces personnes et une volonté, toujours présente, de dissoudre le groupe ultra nîmois GN91. Pour cette nouvelle saison, on prend les mêmes et on recommence : tribune fermée, groupe ultra qui soutient son équipe à l’extérieur à défaut de pouvoir le faire à domicile, un staff et une équipe qui doivent faire sans encouragements (ou presque) à la maison et une majorité silencieuse qui subit dans l’indifférence totale.  

Le panneau indiquant « faites du bruit », au-dessus d’une tribune vide. Cocasse.

Que faire quand la démolition d’un club qui terminait 9e de l’élite du football français en 2018-2019 se fait dans l’indifférence presque totale ? Parfois, on se demande même si les joueurs ont remarqué que le stade sonne creux depuis un an, tant ils sont déconnectés et peu soucieux du sort de ceux qui traversent la France pour les voir -souvent mal- jouer. 

J’écris ces quelques lignes au terme d’un nouveau week-end de frustration et de tristesse. C’est inconcevable de regarder, impuissament, les autres tribunes françaises et européennes actives, quand nous devons suivre notre équipe favorite, celle de notre ville, loin du stade. Isolé devant la télé, alors que le football est, par excellence, LE sport qui rassemble. 

“La possibilité même de se défendre est le privilège exclusif d’une minorité dominante”, précise Elsa Dorlin dans son ouvrage Se défendre, une philosophie de la violence.

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