Enzo Trupiano, l’identité visuelle des plus grands artistes de la scène urbaine

Enzo Trupiano a 26 ans, il vit à Toulouse et travaille dans la communication et le marketing digital en collaboration avec des artistes de renom de la scène musicale française (Tayc, Lefa, Dadju, Barack Adama, Maska, Gims…). Spécialisé dans la création de contenus digitaux (cover, visuels promotionnels, vidéos promotionnelles, habillage réseaux sociaux), il est l’image de là-plupart des artistes reconnus de la scène urbaine en France. Rencontre.

Quel a été ton parcours scolaire ? Enfant, quel fut le métier de tes rêves ?

Enzo T. – J’ai réalisé un Bac Scientifique, puis une Licence Informatique à la Faculté de Toulouse puis un Master Expert en Stratégie Digitale à Digital Campus Toulouse. Je me suis lancé en auto-entrepreneur, récemment, en 2020, après plusieurs années d’expériences de manière locale pour des artistes toulousains majoritairement.

Lorsque j’étais enfant, mon métier de rêve était d’être footballeur professionnel. J’ai eu un parcours de sport étude au Collège et au Lycée, mais je ne suis malheureusement pas parvenu à aller au bout de ce rêve. J’ai cependant gardé cette détermination que j’avais pour la mettre, aujourd’hui, au service de mes projets actuels…

Comment t’est venue cette passion pour le graphisme et le marketing digital de manière plus générale ?

Depuis toujours, j’ai été passionné par les nouvelles technologies, le monde du digital, internet…etc A coté de ça, l’Entertainment me passionne également beaucoup. Le fait de cumuler les deux est vraiment top.

Comment décrirais-tu ton métier de Digital Project Manager dans le domaine musical ? A quoi ressemblerait ta journée-type ?

Alors… j’accompagne les artistes, les labels et les maisons de disques dans la création de contenus visuels pour faire la promotion d’un projet ou d’un nouveau titre. A côté de la création, j’apporte également sur la couche « stratégie », afin de conseiller les équipes sur les idées, les choix de contenus, de planning… etc

Moi, je n’ai pas vraiment de journée type. Il faut savoir que beaucoup de demandes sont des demandes de « dernière minutes » ou extrêmement urgentes. Et c’est ce qui me plaît en soit, cela me permet de ne pas avoir de routine définie et donc d’éviter l’ennui. Mais cette manière de travailler laisse place a beaucoup d’imprévus… ce qui amène, bien évidemment, des aspects plus négatifs (le weekend, en soirée…), mais ça fait partie du jeu !

crédit : CodePuk / Enzo Trupiano avec Joss Stinson, manager de Dadju, Franglish, Abou Debeing…

Quelles sont les étapes d’un processus créatif pour la diffusion d’un projet, de A à Z ?

Le processus créatif dépend des équipes et des artistes pour qui je travaille. Souvent, on me « brief » sur le besoin, puis on m’envoie les éléments, que ce soit la musique, les photos, les logos… Certains me laissent « carte blanche », je suis alors libre de faire ce que je veux selon mes inspirations du moment. Tandis que d’autres savent vraiment ce qu’ils souhaitent, et je ne fais qu’exécuter.

Si l’on prend notamment l’exemple du single KING de Dadju, sorti en début d’année, quelles ont été tes consignes ?

crédit : Enzo Trupiano

Pour le Single KING de Dadju, le brief initial était de produire le même univers que la cover de REINE, son très gros hit, mais avec cette fois-ci une couronne de Roi. J’ai alors proposé plusieurs visuels qui n’ont pas été validés, il faut dire que je n’étais moi-même pas vraiment fier du résultat.

L’équipe m’a ensuite fait parvenir cette magnifique photo promotionnelle de Dadju, prise par Fifou, sur laquelle j’ai ajouté le logo de l’artiste et une typographie que j’ai retravaillé avec un effet de flou. Nous étions ravi du résultat et c’était surtout cohérent avec la DA (direction artistique, ndlr) de l’album Cullinan, annoncé peu de temps après la sortie de ce single.

En général, on pense que le Designer Graphique se doit d’être excellent en dessin, par exemple. Est-ce réellement le cas ? Et selon toi, quelles seraient les compétences essentielles pour faire ce métier ?

Honnêtement ? Je suis « bidon » en dessin. Et à l’école, en Art Plastique, je ne faisais clairement pas partie des meilleurs ! Mais selon moi, la première qualité pour pouvoir travailler dans la musique, et quelque soit le domaine, c’est l’agilité. Il faut pouvoir être flexible, se rendre ultra-disponible et réactif, dans un premier temps.

Ensuite, si quelqu’un veut travailler dans le graphisme, il faut que cette personne soit ouverte d’esprit, observatrice, puis qu’elle sache bien savoir utiliser les différents logiciels. Se former, s’entraîner… essayer de reproduire des visuels que l’on a pu apercevoir ailleurs, mais aussi des effets, des styles…

« Je suis fier de tous mes projets »

Enzo Trupiano

crédit : Apple Music / Cover officielle réalisée par Enzo Trupiano, de l’album SORØRE de Vitaa, Camélia Jordana et Amel Bent.

Toi, tu as plusieurs casquettes. A la fois dans la communication digitale, le marketing digital, mais aussi la stratégie digitale, le Community management et enfin la création de contenus graphiques. Qu’est-ce qui te plaît le plus dans ton métier et pourquoi ?

Ce qui me plait le plus dans mon travail c’est le côté « mouton à 5 pattes ». Comme tu viens de le préciser dans ta question, je fais beaucoup de choses différentes, je touche un peu à tout, ce qui signifie que chaque projet est unique, donc cela évite de s’ennuyer, la routine n’est jamais présente bien longtemps. Et c’est très important pour moi.

Même si les missions restent principalement de la création de contenus, cela peut passer d’une cover au visuel de promotion pour les réseaux, en passant par une vidéo publicitaire pour un écran dans une gare, ou bien une page de pub dans un magazine. Puis il existe beaucoup de formats auxquels les gens ne pensent pas forcément : Les Newsletter mail, les dossiers de presse, les lyrics vidéos, les bannières Spotify, …)

Tu es spécialisé dans la cover d’albums « urbains » principalement et dans le teasing de clips vidéos notamment pour des artistes comme Gims, Tayc, Dadju, Amel Bent, Kendji, Franglish, Camélia Jordana, Vitaa & Slimane et même The Weeknd… Quelles sont les réalisations dont tu es le plus fier ? Et pourquoi ?

Certains projets ont une résonance particulière dans mon cœur, comme par exemple tous les projets que je réalise pour GIMS, étant un grand fan de la Sexion d’Assaut, cela fait toujours plaisir de bosser avec un artiste comme lui. Ma toute première cover officielle pour GIMS était pour le featuring avec Kendji “Dernier Métro”, je suis particulièrement content de mon travail sur cette pochette ainsi que tous les contenus promos réalisés.

Mon 1er album physique était celui de Franglish “Mood”, là aussi j’en suis très fier. je n’en avais jamais fait avant, c’était ma toute première fois et Joss (son manager, en photo plus haut, ndlr) et toute l’équipe d’Universal m’ont vraiment fait confiance.

crédit : Apple Music / Cover signé Enzo Trupiano

Quelle était la création la plus excitante à faire sur un plan personnel ? Et Pourquoi ?

Mon premier album physique pour Franglish était la création la plus excitante car j’avais une certaine pression étant donné, comme évoqué précédemment, que je n’en avais jamais fait. Les spécificités techniques sont différentes d’une cover pour les plateformes. Là, il faut également faire le design des CD, du boîtier et il faut notamment respecter des dimensions bien précises.

Et lorsque tu vas à la Fnac le jour de la sortie et que tu vois ton travail dans les rayons t’es comme un gosse. J’ai fait une story directement, j’ai envoyé à ma famille j’étais vraiment trop fier. Je me souviens en plus que j’étais en vacances à Nice ce jour-là. Et c’est aussi mon tout premier Disque d’or, donc une fierté supplémentaire me concernant.

crédit : Enzo Trupiano / Le Disque d’Or de Franglish remis à Enzo Trupiano.

Aujourd’hui dans mon salon j’ai 3 Disques d’or, 1 Single d’or, 1 Single platine et 1 disque double platine et c’est vraiment un kiff de se réveiller chaque jour et d’observer cela sur son mur. Cela donne une motivation supplémentaire. C’est une reconnaissance de fou pour le travail accompli.

Aurais-tu une anecdote avec un des artistes pour qui tu as travaillé ?

Une anecdote que je raconte souvent c’est la fois où Lefa m’a appelé en Facetime pour que l’on fasse des modifications en direct sur une vidéo de promotion. A la base comme je l’ai dis, je suis un grand fan de la Sexion d’Assaut donc chaque apparition de Lefa, pour ceux qui connaissent le personnage, se fait avec des lunettes ou les yeux masqués par une casquette. Mais durant l’appel en Facetime il était en détente sur son transat, au bord de la piscine, et sans ses lunettes, c’était super sympa. Il a vu les Disques d’or que j’avais au mur dans mon salon, m’a ensuite demandé de quels artistes ils provenaient etc, ce fut vraiment un super moment pour moi… ça remonte à plus d’un an maintenant, le temps passe vite.

Comment se font les collaborations entre artistes justement ? N’est-ce pas une pression particulière pour toi de travailler avec des artistes que tu écoutais plus jeune comme la Sexion ?

Oui, bien sûr, c’est une petite pression de bosser avec des artistes que j’écoute puisque forcément, en tant que fan, je veux bien faire, ne pas décevoir, mais cela me donne une motivation supplémentaire et le fait que je sois fan de tel ou tel artiste cela me permet de connaître à 100% l’univers de ce.tte dernier.e et savoir ce qui va correspondre ou non.

Qu’est-ce qu’une “bonne” communication pour toi ? Elle doit passer par quoi ?

Une bonne com’ c’est avant tout une com’ efficace et compréhensible par tous. Si le public ne comprend pas ce que l’artiste veut exprimer, il y a un vrai problème. La simplicité du message c’est la règle n°1, surtout à l’air du « snack content » où tout se consomme très rapidement sur les réseaux… Les gens ne réfléchissent plus vraiment.

Ensuite on peut ajouter une part d’innovation, de créativité et cela ajoute quelque chose à l’univers de l’artiste, à son identité

crédit : Apple Music / Cover réalisé par Enzo Trupiano, du single « Mon soleil » de Dadju, en feat. avec Anitta

En quoi est-il important voire indispensable pour un artiste aujourd’hui de faire comprendre son univers à travers sa communication digitale ?

Comme je disais juste avant, tout se consomme plus vite qu’avant aujourd’hui notamment à cause (grâce?) aux réseaux sociaux. Les algorithmes proposent toujours plus de contenus, de manière toujours plus rapide; à peine on a vu passer une image ou une vidéo que la plateforme en propose une autre.
Face à cette multitude de contenu et l’augmentation du nombre d’artistes présents sur les réseaux, il est important d’être clair, et d’avoir surtout une identité propre pour se démarquer. Si tu fais la même chose que le voisin tu passeras inaperçu, et c’est dommage de passer du temps sur de la création de contenu si c’est pour faire pareil que l’autre. Vaut mieux prendre le temps de réfléchir, de se poser et de trouver des idées sur des contenus innovants, une identité propre qui permettra à l’artiste de se démarquer et sortir du lot

Comment s’est construit ton carnet d’adresse ? Qui t’a fait confiance en premier ?

C’est Barack Adama de Sexion d’Assaut qui m’a fait confiance en premier. Il m’a fait bosser sur ses projets puis sur ses artistes, dont l’incroyable Tayc.
Ensuite j’ai rencontré Joss par l’intermédiaire de Justin CodePuk, le photographe de Dadju, qui m’a fait confiance dès le départ et qui m’a fait bosser sur l’ensemble de ses artistes dont Franglish, Dadju, Imen Es, Says’z… Étant très proche du label Indifference Prod, j’ai rapidement pu travaillé ensuite avec Gims mais aussi Vitaa et Slimane, Amel Bent, Camélia Jordana…

Quels sont tes projets en cours, tes objectifs à venir ?

Vous verrez tout ça très bientôt, je vous invite à vous abonner à mon compte :

Travailler au sein d’un domaine plus large, autre que la musique par exemple, t’attirerait ou pas du tout ?

Oui carrément ! Le divertissement m’intéresse beaucoup, j’entends par là l’humour, le cinéma, la mode ou encore le sport, entre autres…

J’ai récemment réalisé l’affiche du spectacle de Paul Mirabel, un humoriste que j’adore particulièrement, et cela me permet d’explorer différents secteurs.

crédit : Enzo Trupiano

Merci à Enzo pour cet entretien, pour son temps et sa disponibilité.

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