Législatives : un scrutin primordial trop souvent délaissé

L'Assemblée Nationale où siègent les députés français. Paris, France. ©GettyImages / UlyssePixel (Free for Canva Pro)

En ce jour du premier tour des législatives, il est essentiel de rappeler à quel point le scrutin qui s’ouvre ce dimanche 12 juin, est primordial dans la vie politique du pays, doté d’un régime parlementaire. Les élections législatives sont très importantes dans la vie politique française puisque ce sont lors de ces élections que les citoyens élisent les représentants de la nation, qui siégeront à l’Assemblée nationale. Ce sont les 577 députés du parlement qui font la loi. C’est le premier ministre, qui émane du parti ayant obtenu une majorité, soit minimum 289 députés, qui compose le gouvernement. Le gouvernement, à travers les différents ministres, conduit la politique de la nation. « Si l’élection du président de la République est cruciale, l’élection des députés est décisive » disait Emmanuel Macron cette semaine. Mais, depuis l’inversion du calendrier électoral, plaçant les législatives juste après l’élection présidentielle, ces dernières sont dans l’ombre du scrutin qui désigne le chef de l’Etat. Un scrutin qui caractérise parfaitement la personnalisation du pouvoir et de la politique. 

Ainsi, en 2017, le président de la République a obtenu une majorité absolue au parlement. LAREM disposait de 314 députés, sans compter les 46 députés du MODEM, parti allié à celui du président. Cette mainmise sur l’Assemblée a permis au gouvernement d’avancer ses pions sans aucune difficulté, transformant l’Assemblée nationale en chambre d’enregistrement. Au fil du quinquennat, les députés de la majorité étaient accusés de voter en bloc chaque projet de loi gouvernemental, ce qui leur a valu le surnom de députés « playmobil ».

« Je trouve que le pouvoir en place a sacrément besoin d’un contre-pouvoir, cet espèce de techno-pragmatisme qu’on nous impose est juste insupportable, il éteint lé débat politique. On ne peut pas continuer pendant cinq ans sans avoir de vraie politique »

explique le philosophe Gaspard Koenig

Cette année, le schéma est très différent. Même si au soir du second tour de l’élection présidentielle, un scénario similaire était attendu, les dynamiques ont changé, et la campagne a été surprenante. Sous l’impulsion de Jean Luc Mélenchon et de son coup de communication symbolisé par sa demande aux Français de l’élire premier ministre, l’union de la gauche ne cesse de grimper dans les intentions de vote.

“La formule : “Mélenchon premier ministre” a popularisé dans les quartiers populaires une élection qui était largement méconnue”

confie Alma Dufour, candidate NUPES en Seine-Maritime.
crédit : MICHEL SPINGLER / AP

La Nouvelle Union Populaire et Écologique incarne la principale force d’opposition du pays, alors qu’aucun parti de gauche n’a atteint le deuxième tour du scrutin présidentiel. Concernant cette configuration, la NUPES peut aussi remercier le RN (Rassemblement National) qui lui a laissé une autoroute en ne faisant pas campagne. Le parti d’extrême-droite s’est fait remarquer par l’intermédiaire de plusieurs candidats pour les législatives, méconnus du grand public, qui n’arrivaient pas à répondre à des questions simples de journalistes lors de débats locaux.

La période actuelle, incertaine et inédite, est le résultat de plusieurs éléments. Tout d’abord, le résultat de l’élection présidentielle n’a pas réglé les problématiques posées au sein de la campagne. Au lendemain des résultats, des voix se sont levées, notamment du côté de la jeunesse. Ensuite, pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, le pays est divisé en trois blocs. Puis, outre la dynamique certaine de la gauche, le fait que Emmanuel Macron ait été mal réélu entre compte. Près de 42% de ses électeurs du deuxième tour, disent avoir fait barrage. Le rejet de Marine Le Pen s’est imposé, pour eux, face à l’approbation de Macron. Ce dernier dispose d’un socle solide, uni et mobilisé. Mais ce socle est minoritaire dans le pays. Ainsi, une partie de la population, aidée par une (re)politisation des législatives, compte sur ce scrutin pour faire changer les choses. Un parlement qui vit, avec des débats, des concessions obligatoires à réaliser, cela serait une période de vitalité politique sans précédent. L’autoroute du précédent mandat laisserait place à une départementale étroite et semée d’embuche.

La question écologique qui est au centre des préoccupations des jeunes, ne peut attendre cinq ans de plus comme l’indique le GIEC. Alors c’est le moment ou jamais. Ce moment ne sera peut-être pas saisi puisque 67 % des 18-24 ans ne pensent pas aller voter, selon un sondage IFOP, réalisé il y a 3 semaines. Pour le sociologue Laurent Lardeux, plusieurs raisons expliquent ce désintérêt du jeu électoral : “ Ce qui est mis en avant par les médias, ce sont rarement ces visions d’avenir et ces propositions, mais plutôt les luttes d’appareil, les rivalités, les petites phrases. Tout ceci suscite un rejet des nouvelles générations, qui se déclarent souvent moins intéressées par la politique strictement partisane. Pour beaucoup, l’offre politique ne correspond pas à leurs aspirations de justice sociale et écologique. Les partis – notamment ceux qui ont gouverné – sont considérés comme défaillants sur les inégalités, le changement climatique. Voter est vu comme un acte inutile.”

De plus, la Macronie a fait face à de multiples scandales, comme le fiasco du Stade de France, l’affaire Damien Abad, ou encore la récente affaire du refus d’obtempérer qui a coûté la vie d’une jeune femme de 21 ans. En pleine campagne, ces sujets ont fait la une, entachée l’image du pays à l’international, permettant à l’opposition de capitaliser dessus, mettant en avant les faiblesses du pouvoir en place.

Puis, récompenser ceux qui font campagne avec passion, acharnement, est-ce que cela serait complètement fou ? Cet aspect est parfaitement incarné par le député insoumis François Ruffin. Ses méthodes sont inspirantes. Le candidat Damien Maudet (NUPES) à Limoges se calque sur celui qu’il admire pour mobiliser un électorat populaire et rural, qui se tourne, parfois, vers l’abstention ou le RN : les fameux “fâchés pas fachos”. « C’est une bête de travail et d’analyse. Il arrive à donner aux gens la fierté de ce qu’ils sont. Ce n’est pas un amish, mais presque, il vit très simplement », souligne Damien Maudet à propos de François Ruffin. Il s’est reconnu dans la profession de foi du réalisateur de Merci patron ! il y a 5 ans. « Son engagement à se faire payer au Smic m’a plu. Pour nous, la politique ça a toujours été les mecs qui s’en mettent plein les fouilles. Sa manière de faire campagne dans la joie, de mettre en lumière des têtes qu’on ne voit pas d’habitude, chômeurs, aides à domicile, des gens qui n’étaient pas dans les critères de beauté de la gauche, et de faire une chasse sur les terres du FN, ça me parle », explique Damien Maudet.

Désormais, peut-être encore plus qu’il y a deux mois, les électeurs ont le destin démocratique du pays entre leurs mains. A l’heure où les enjeux contemporains sont complexes, avec une crise climatique qui nous guette -elle est en réalité déjà présente-, la configuration intrigue. Certes, une majorité absolue émanant d’une force d’opposition est improbable, mais une Assemblée nationale sans majorité absolue pour le parti présidentiel est possible. Ce dernier serait contraint de composer avec les autres forces de l’échiquier politique. Par exemple, le projet de réforme des retraites, avec un recul à 65 ans, qui est très controversé, à gauche comme à droite, n’aurait aucune garantie d’être adopté.

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