L’Art du RnB

Débarqué en même temps que le mouvement « urban » dans les années 80 et devenu rapidement ultra-populaire à la fin du 20e siècle aux Etats-Unis grâce notamment à R.Kelly – qui sera très peu cité dans cet article pour des raisons judiciaires évidentes -, le genre musical R’n’B issu d’inspirations multiples perdure tandis qu’on le pensait égaré dans les années 2010. Aujourd’hui, et ce même en France, la scène RnB semble renaître de ses cendres, avec succès. Mais attention, l’erreur courante est d’associer toutes musiques afro-américaines hip-hop avec le RnB, c’est la raison pour laquelle je vous laisse vous plonger dans les origines de ce genre mielleux.

Les origines du RnB

Avant tout, il semble important de préciser que le RnB, que vous pourriez voir également écrit sous la forme « R&B » ou « R’n’B », n’est pas à son confondre avec le « Rythm and Blues », ce genre musical afro-américain apparu dans les années 1940 aux Etats-Unis. Le RnB puise évidemment ses initiales dans le « Rythm and Blues », il a également ses origines retracées dans le jazz, le gospel et … le blues, certes, mais il demeure bien distinct du genre musical de la Nouvelle-Orléans porté par Aretha Franklin, Ray Charles ou encore Whitney Houston.

crédit : Flickr / Whitney Houston, ambassadrice du Rythm and Blues

Le genre musical qui nous intéresse aujourd’hui est bien le « RnB contemporain », de son appellation complète. C’est dans les années 1970 que le terme « RnB » a été employé pour la première fois et semblait être un dérivé ou un simple synonyme du funk, apparu dans les années 1960. Mais le RnB n’était pas encore un genre musical à part entière. Lors de la décennie suivante, dans les années 1980, le RnB en tant que véritable courant musical fait son apparition dans les grandes villes américaines comme New York, Chicago ou encore Los Angeles, des villes où la musique afro-américaine bat son plein. D’ailleurs, à cette époque, le hip-hop et « l’Urban » créent la sensation à travers le pays et le RnB va se fondre au milieu de cette marrée. Mais avec des couplets plus mélodiques, des voix féminines entraînantes et un producteur dont l’influence dans la musique demeure sous-évaluée, le RnB va finir par se différencier et éclore au grand jour.

L’influence d’un homme

Teddy Riley. Ce producteur américain de talent va avoir le flair de fonder, en 1987, LE genre musical qui propulsera le RnB vers une autre dimension, le New Jack Swing. Ce genre se caractérisait par des chansons dansantes sur des rythmes hip-hop très dansants, avec une caisse claire très marquée qui restera sa grande marque de fabrique et le tout porté par une voix soul/gospel. Le new jack swing a remplacé le funk des années 1980, alors en perte de vitesse face au hip-hop et devient le genre dominant de la musique populaire noire américaine chantée entre 1988 et 1993.

Teddy Riley a notamment coproduit la moitié de l’album Dangerous de Michael Jackson en 1991, faisant du « Roi de la Pop » un artiste de « New Jack Swing » et par la même occasion, de RnB, ce qui deviendra un vrai tremplin pour le néo-genre musical.

crédit : Pinterest / Teddy Riley

L’Âge d’or du RnB : les 90’s

Malgré un développement colossal du RnB de la part de Teddy Riley à travers le New Jack Swing, ce dernier perd en visibilité et doit laisser place à Andre Harrell, producteur du label Uptown Records et à un retour fracassant du label Motown propulsé par les célèbres Boyz II Men, entre autres. Si vous souhaitez découvrir musicalement le style RnB des années 90, il est fortement conseillé d’écouter la discographie de ce trio légendaire.

Mais la véritable révolution dans le RnB reste l’arrivée des duos entre artistes hip-hop de renoms et artistes féminines en pleine éclosion, venues adoucir les couplets des rappeurs. On y découvre alors la fraîcheur d’Aaliyah, l’une des plus grandes artistes RnB de cette époque, le talent inégalé de Mariah Carey, la puissance de Mary J. Blige, la polyvalence de Lauryn Hill ou encore les débuts de la futur « Queen of RnB », Beyoncé, avec son groupe incontournable des Destiny Childs.

Mais le style laisse place aussi à des artistes masculins à voix qui vont, eux aussi, marquer l’époque. C’est le cas de R.Kelly, considéré par beaucoup comme le « King of RnB » ou le rookie Usher, qui s’emparera avec brio de la scène RnB pendant deux décennies.

Le RnB, majoritairement « Girl Power », parvient donc a trouvé son propre style et se popularise à travers le monde, malgré son lien étroit avec le hip-hop. Pour rappel, il s’agit ici de deux genres musicaux issus des mêmes villes et de la même culture populaire afro-américaine. La danse hip-hop vient s’inviter dans la plupart des clips RnB de l’époque. La fusion entre les deux est même une réelle force.

Prédominance du RnB dans les années 2000

Les années 2000 sonnent comme la décennie de la confirmation pour le RnB en pleine ascension à l’échelle planétaire. Est-ce un genre musical éphémère ou un genre qui va s’installer sur la durée ? La réponse ne se fait pas attendre.

Au début des années 2000, le succès est à son apogée. Le style « slow jams » (les ballades RnB) plaît de plus en plus, le RnB devient un genre musical à part entière, résonne en radio et ça se confirme par les ventes de disques par milliers. La décennie semble plus que radieuse.

Peu à peu, le RnB voit apparaître logiquement une flopée d’artistes de la scène « pop » venant s’essayer, avec succès généralement, au RnB comme Cassie, Nelly Furtado, Gwen Stefani mais aussi et surtout Rihanna. Le King of Pop en personne, Michael Jackson, teste à son tour le RnB sur son album Invincible. Après le hip-hop c’est donc la pop qui se mêle au RnB contemporain, ce qui témoigne du succès et de l’attractivité du genre musical. Ce qui diversifie et fait également évoluer constamment ce dernier et ainsi ne pas lasser son public, notamment au niveau des mélodies et des productions.

Les artistes deviennent des stars mondiales à très forte notoriété, ils deviennent les nouvelles « rockstar » d’antan, de véritables bêtes de scène, voire même des idoles, des icones populaires à l’image de Beyoncé, d’Alicia Keys, de Rihanna mais aussi d’Usher qui bascule dans une toute autre dimension, de Justin Timberlake, de Ne-Yo, de Akon ou de Chris Brown, considéré par certains comme « le meilleur artiste que le RnB n’ait jamais connu ».

Des performances à consommer sans aucune modération :

Le RnB en France

Arrivé très discrètement en France au milieu des années 1990, grâce notamment à Hasheem, nombreux artistes de la scène musicale s’imprègnent du « style RnB » venu tout droit des Etats-Unis. Et la popularité des radios dites « urbaines » comme Skyrock principalement mais aussi ADO FM ou Générations, vont permettre la mise en lumière de cet ovni musical qu’est le RnB en France.

On assiste alors à la découverte d’une multitudes de duos rappeurs/chanteuses dont le succès d’estime est important et, comme aux USA la décennie précédente, la découverte aussi de nouveaux artistes qui vont considérablement marquer le genre, s’imposer sur la durée, et n’auront rien à envier aux artistes Outre-Atlantique. C’est le cas notamment de Corneille mais aussi et surtout de M Pokora, grand gagnant de la saison 3 de Popstar en 2003, ancien membre d’un groupe de RnB à l’adolescence. On observe un artiste à la forte influence américaine, avec en lui un peu d’Usher, un peu de Justin Timberlake et surtout beaucoup de personnalité. À la fois danseur et chanteur, il va se placer en tête d’affiche du genre musical en France.

Mais le RnB n’est pas sans ses talentueuses artistes féminines à voix uniques comme l’indétrônable Vitaa, Nâdiya, Amel Bent, Shy’m, Sheryfa Luna, Zaho ou encore Jena Lee et tant d’autres, qui nous offrent les plus beaux morceaux de « RnB love ». À noter la création de quelques groupes de RnB français tels que les Nubians, Tribal Jam, Poetic Lover, Vibe, Factor X, avec en revanche moins de résonance mais non sans talents.

Un style en France va même éclore, le raï’n’B. Porté par Amine, le sous-genre musical apparu en 2004 mélangeant le Raï algérien et le RnB français va également rendre le RnB français plus dansant, moins mélancolique.

Et aujourd’hui ?

La décennie 2010 n’a pas connu le succès attendu pour le RnB. En playlist et en radio, le terme « Rap & RnB » voit le jour, on ne dissocie alors plus vraiment les deux et le Rap demeure clairement majoritaire. Ce dernier devient d’ailleurs, au fil de la décennie, aux Etats-Unis et dans le monde, le genre musical numéro 1 et le RnB peine à faire sa place à ses côtés. D’autant plus que les artistes à fort potentiel RnB (de par leur voix, leur prestance, leur technique) comme Bruno Mars, Lady Gaga, Katy Perry, Miley Cyrus se tournent vers la pop avec grande réussite.

Les grosses têtes tombent. Usher ne vend plus comme avant, Chris Brown est accusé de violences extraconjugale, R.Kelly est reconnu coupable d’exploitation sexuelle, Mariah Carey vieillit mal… En bref, le déclin total. Le genre musical n’attire plus, la mélancolie et les ballades laissent place à des sonorités plus dansantes et estivales.

Seuls les artistes qui ont réussi à confirmer leurs projets artistiques et conserver une base solide de fans comme Ty Dolla $ign, Jeremih, Tory Lanez, Jacquees ou Trey Songz entre autres ont continué à entretenir l’état du RnB. Vingt ans après le début du genre musical, c’est comme si le soufflé était retombé et il devenait rare de trouver des chanteuses/chanteurs RnB passant à des heures de grande audience à la télévision ou sur les ondes de radio.

Mais peu après la moitié de la décennie, l’espoir renaît. Plusieurs jeunes artistes ayant grandi avec le RnB des années 90 apportent discrètement un vent de fraîcheur au genre que l’on pensait avoir abandonné et qui, eux, n’ont jamais délaissé. Parmi eux le plus connu et le plus talentueux subjectivement, The Weeknd, mais aussi Khalid, Bryson Tiller et comme toujours, une multitudes d’artistes féminines extrêmement (mais alors extrêmement) douées : Ella Mai, H.E.R, Jorja Smith, Mahalia, Kehlani, Summer Walker… Pour tenter de se faire connaître, ces artistes vont enchaîner les collaborations avec des artistes et des producteurs de renoms : Jorja Smith avec Burna Boy notamment, Ella Mai produite par Mustard, l’un des plus grands beatmaker de la décennie, H.E.R avec Chris Brown, Summer Walker avec Usher, Bryson Tiller avec Drake… ce qui leur permet de s’ouvrir au grand public, tout en restant fidèle à leur style.

Aujourd’hui, l’Art de manière générale semble se replonger dans une certaine nostalgie des années 1990/2000 (notamment dans la mode), ce qui permet un second souffle au RnB. Peut-être moins nombreux qu’avant, les artistes ne s’éparpillent pas et offrent à leur public du RnB pur et dur. Une influence pop pratiquement délaissée, le genre musical d’origine afro-américaine à influence hip-hop forte semble intemporel, pour le plus grand bien des puristes RnB.

En France et aux alentours des artistes comme Tayc, Dadju, Hamza, ou encore Aya Nakamura incarnent sur les ondes l’espoir d’une résurrection, avec notamment dans le style une influence et des sonorités africaines plus présentes.

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