« Nous, sages-femmes, recherchons plus de reconnaissance »

Le « Code-Noir » d’urgence est déclenché et nous devons soutenir celles et ceux qui nous ont fait naître et feront de même demain pour nos prochains.

Depuis de nombreuses années et particulièrement l’an passé, les métiers du secteur de la Santé manifestent et peinent malheureusement à se faire entendre. En 2021, c’est cette fois-ci la colère des sages-femmes qui ne cesse de s’intensifier tout particulièrement à travers le pays. Près de cinq manifestations et une succession de mouvements de grèves nationales ont été mis en place pour tenter de faire porter haut la voix de celles et ceux qui « font naître ». En manque d’effectif ou encore de reconnaissance de leur statut, entre autres, les sages-femmes, contraintes cependant à une obligation de service minimum d’urgence en cas de grève, tentent par différentes actions de faire réagir le Ministère de la Santé, en personne.

Témoignage de Léa R. (21 ans), étudiante sage-femme au C.H.U de Nice, engagée pour sauver sa profession en perdition :

« Les sages-femmes en général manifestent depuis des années, ça ne date malheureusement pas d’hier. Ces mouvements ont commencé il y a près de vingt ans mais depuis un an, il y a eu six manifestations. Le Covid-19 n’a fait que renforcer notre colère et par-dessus tout l’écart entre les professions de Santé dont nous faisons partie. Si l’on prend le Ségur de la santé (qui correspond à la revalorisation des salaires des soignants, nldr), toutes les professions médicales ont alors été citées et ont donc reçu ces revalorisations de salaires sauf nous, les sages-femmes. Ils ont également augmenté les infirmières dans le paramédical. »

Vous l’aurez compris, les sages-femmes sont à la fois – et plus que jamais – à la recherche de reconnaissance de la part des institutions mais aussi des autres métiers de la Santé et de la société. Et elles sont à la fois aussi en quête de revalorisation salariale qui paraîtrait, selon elles, logique au vu du travail fourni. « Nos compétences ne cessent de s’élargir et rien ne suit derrière » se révolte Léa R. « Un an de PACES (qui correspond à la première année commune aux études de santé, nldr) qui s’en suit de cinq années d’études éprouvantes pour sortir avec 1.700 euros, c’est une aberration ! Nous n’avons pas non plus la prime d’urgence comme peut l’obtenir les médecins, pourtant cela fait partie de ce que nous gérons ». Elle conclut sur les études ensuite : « Sur nos cinq années d’études, nous faisons près de 1442 heures de stage en plus que les dentaires, qui, quant à eux, ont une année d’étude en plus, par exemple ».

À travers des actions menées telles que des grèves – où elles se déclarent en grèves mais sont obligées de travailler, ce qui n’arrange pas le mouvement non plus – les sages-femmes demandent au Ministère de la Santé la création d’un statut médical ainsi qu’une augmentation des effectifs en maternité.

À force de restreindre encore et encore les effectifs nous commençons à mettre sérieusement en danger les patientes.

Léa R., étudiante au C.H.U de Nice
crédit : Léa R. / Les étudiantes et sages-femmes de Nice manifestent devant l’Agence Régionale de Santé du PACA.

Ce qui pousse ces sages-femmes à manifester, comme récemment, devant les instances de Santé ou ce qui les pousse également à freiner leurs activités pour déranger les hôpitaux c’est par dessus tout l’épuisement de la fonction, le nombre incalculables de sages-femmes qui sont en véritable burn-out, en dépression et qui souhaitent se reconvertir tandis qu’être sage-femme était jusqu’alors leur vocation.

Nous en avons ras-le-bol de nous battre depuis des années sans que rien ne bouge

Dans les faits récents, l’élément déclencheur qui ont amené cette révolte ce sont visiblement les discours sur la profession prononcé par le Ministre de la Santé, du nom d’Olivier Véran. Ce dernier semble avoir augmenté les sages-femmes de 100 euros, seulement, mais en ayant également augmenté le rythme et la charge de travail de ces dernier(e)s. La profession a donc été déçue par les revalorisations de salaire annoncées par le gouvernement pour le secteur public. Des éléments qui jouent également sur la baisse d’attractivité du métier.

Notre profession est indispensable et l’indifférence, le mépris que peut avoir le Ministre de la Santé pour notre métier fait mal.

Nous avons Léa, avant d’ajouter

« Nous avons peur pour la suite mais par dessus tout, nous avons peur pour la vie des femmes et des nouveaux nés. Nous avons deux vies entre les mains, ce qui fait deux fois plus de responsabilités, mais de cela, personne n’en a réellement conscience ! Comment vont accoucher les patientes si la situation perdure ainsi ?? »

Léa R.

Pour conclure, Léa appuie sur le fait que sage-femme était, est et restera « un métier de passion » dit-elle. Un métier qu’elle qualifie de fabuleux, avec des études éprouvantes et une profession qui malheureusement le devient avec le temps. Ainsi, Léa et des milliers d’étudiantes et de sages-femmes descendent dans les rues, devant les instances pour demander une justice et demander de meilleures conditions de travail pour le monde de demain qui naît entre leurs mains. Elle n’oublie pas d’appuyer le fait que c’est « encore une fois le patriarcat de notre société » qui bloque dans certaines situations comme celle-ci.

C’est un métier de femmes et pour les femmes, le combat on le mène contre principalement des hommes, et c’est ce qui le rend encore plus difficile

Léa R., que nous remercions et à qui nous souhaitons bonne chance pour la suite de son combat ainsi qu’à ses collègues, ses consœurs et ses confrères.

crédit : Léa R.
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