Le grand Paris du baron Haussmann

Ô Paris. Connu pour sa gastronomie, ses talentueux créateurs, ses monuments historiques mais aussi ses toits atypiques en ardoise, ses façades homogènes et son mode de vie, la Ville Lumière était pourtant, il y a deux siècles, une toute autre ville. Surpeuplée, dangereuse, insalubre, étroite et si peu éclairée, la capitale semblait manquer de tout et surtout de charme. Un beau jour, Napoléon III décide alors de moderniser la Cité de l’Amour en se lançant dans des travaux d’aménagement d’une ampleur inédite. Pour ce faire, il engage auprès de lui le préfet de la Seine : le baron Haussmann.

George Eugène Haussmann

Rien ne prédestinait George Eugène Haussmann à repenser SA ville où ce dernier a vu le jour en 1809. Fils de Nicolas-Valentin Haussmann, intendant militaire de Napoléon Ier, et de Ève-Marie-Henriette-Caroline Dentzel, George Haussmann est le petit-fils d’un baron d’Empire du côté de son père et d’un député de l’Assemblée législative et de la Convention du côté de sa mère. Il réalise des études de Droit dans la capitale parisienne et étudie, en parallèle, au Conservatoire de musique de la même ville. Loin d’être architecte ou ingénieur comme on pourrait le croire.

À l’âge de 22 ans seulement, George Eugène Haussmann est nommé Secrétaire Général de la préfecture de la Vienne, puis un an plus tard devient sous-préfet d’Yssingeaux. Il enchaîne successivement les postes de sous-préfet dans différentes communes telles que Nérac, Saint-Girons ou encore Blaye avant de devenir préfet, respectivement, du Var, de l’Yonne et de la Gironde. C’est d’ailleurs aux commandes de ce dernier département que le baron s’essaie à la transformation urbaine.

Fontaines colossales, création d’usines, travaux de défense, construction de chemins de fer et (plus étonnant) élaboration d’un système d’allocutions révolutionnaires pour les filles-mères indigentes, Haussmann a su se montrer polyvalent et efficace sur de nombreux fronts en Gironde. Un travail considérable donc, et des performances qui séduisent le ministre de l’Intérieur de l’époque Victor de Persigny, qui présente alors le natif de Paris à Napoléon III. Suite à leur rencontre, le monarque et Chef de l’Etat du Second Empire lui confie les clés de la préfecture de la Seine, le 22 juin 1853.

crédit : snl.no

La mission titanesque du Baron Haussmann

Unifier, aérer et embellir Paris, telles sont les volontés de Napoléon III. Ce dernier, de retour de Londres, s’est aperçu notamment de la transformation impressionnante de la capitale anglaise à la suite de la révolution industrielle. Désireux d’obtenir lui aussi une capitale digne de ce nom mais aussi de libérer les flux, Louis-Napoléon Bonaparte s’est entouré du, vous l’aurez compris, baron Haussmann mais aussi du compère de ce dernier, à savoir Eugène Belgrand, ingénieur et architecte français. Belgrand prend en main notamment le développement d’un réseau d’égouts de plus de 500km qui relie les plus grands axes de Paris. Un projet qui s’effectuera sous les rues de Paris, pourtant en travaux. Des travaux souterrains qui ne semblent pas déranger la population parisienne, une certaine révolution à ce niveau-là. Mais revenons au projet Haussmann en lui-même.

Avant les travaux d’Haussmann, la ville de Paris est divisée en deux. D’un côté le Paris médiéval doté de rues ô combien étroites et de l’autre, un Paris centre pourtant plus régulier, large mais insalubre au possible et encombrant. Certains préfets comme le comte de Rambuteau, pour ne citer que lui, se sont essayés à la transformation de la capitale. L’embarras de la circulation ainsi que les problèmes d’hygiènes liés à la surpopulation des vieux quartiers posaient déjà question. Néanmoins, ils se sont plus ou moins tous heurtés au coût plutôt conséquent de l’opération. Mais pour Napoléon III et George Eugène Haussmann, le risque à prendre devint vital.

crédit : Getty Images (Canva) / La ville de Paris avant la révolution Haussmann

La nouvelle identité parisienne

Malgré un surendettement de près de cinquante ans, des emprunts, des opérations immobilières douteuses et des critiques liées à l’expulsion de nombreux ouvriers locataires du centre afin de démolir et reconstruire, Haussmann aura néanmoins réussi le pari de Napoléon III.

Mais alors, qu’a-t-il réellement fait ?

En moins de dix-sept ans, le baron Haussmann accompagné de ses 80.000 ouvriers et 100.000 artisans – sculpteurs et ferronniers pour la plupart -, percent soixante-quatre kilomètres de voies nouvelles (dont les Champs-Elysées ou la Rue Rivoli, entre autres), construisent une quarantaine de milliers d’immeubles – en détruisent pratiquement le même nombre –, édifient neuf ponts, plantent une vingtaine de squares, 80.000 arbres d’alignement, sans oublier la construction des grands parcs Mansouri et Buttes-Chaumont mais aussi les Bois de Vincennes et de Boulogne. Rien que ça…

Et lorsque l’on évoque le nom d’Haussmann, ce sont principalement ses immeubles, ses appartements et son style propre à lui auquel nous faisons référence. En effet, le baron a su imposer son style reconnaissable entre mille.

Construite en pierre de taille, la façade de l’immeuble Haussmannien est monumentalisée grâce à ses statuts mythologiques, identique à chaque reproduction et dans un alignement des plus parfait que ce soit au niveau du balcon, de la corniche de l’immeuble et des façades entre elles.

Le rez-de-chaussée et le premier étage dit « entresol » abritent majoritairement des commerces. Le deuxième étage, particulièrement noble (car l’ascenseur n’existant pas à l’époque) est doté d’un balcon dit « filant ». Les troisièmes et quatrièmes étages sont plus classiques bien que sur certains immeubles, des balcons individuels ont vu leur apparition à la mort de l’ancien préfet de la Seine. Le cinquième étage est doté, lui aussi, d’un balcon filant comme pour le deuxième. Et pour finir, le dernier étage, sous les combles, habité jadis par les domestiques avec ses chambres de bonnes offre une belle vue mais demeure le moins cher et le moins agréable de tous les étages, encore aujourd’hui.

crédit : Flickr / Immeuble haussmannien situé dans le 7e arrondissement de Paris

Le bilan

Pour obtenir la transformation de 60% de la capitale, il aura fallu plus d’un demi-siècle (1853 à 1914) et un rasement quasi-intégral du Paris du XVIe et XVIIe siècle. Pour l’anecdote, Haussmann a même dû démolir sa propre maison natale. Du Vieux Paris il ne reste qu’une partie de la ville à savoir le quartier du Marais et le Faubourg Saint-Germain.

Des travaux qui ont, bien évidement, profité politiquement à Napoléon III qui, par l’intermédiaire de ce nouveau Paris, a évité des soulèvements similaires à ceux de 1830 et 1848 puisque grâce à l’élargissement des axes, la construction de barricades devenait impossible.

En définitive, Napoléon III et son allié Haussmann ont fortement contribué à l’identité visuelle, à la modernité, au charme inimitable et au mode de vie célèbre et romantique que nous connaissons désormais à la ville de Paris.

crédit : Aliaksei Skreidzeleu (Canva) / Paris la nuit
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