Qatar 2022 : une organisation pitoyable

Mieux vaut tard que jamais… Depuis plusieurs jours, certaines sélections – Norvège, Allemagne et Pays-Bas – montent au front et appellent (doucement) au boycott d’une Coupe du Monde de football qui aura lieu l’année prochaine au Qatar. Problème, la désignation du Qatar comme pays organisateur date d’il y a plus de dix ans et il serait, en réalité, bien trop tard pour dénoncer quoique ce soit. Selon Toni Kroos, milieu allemand de 31 ans, le boycott est peu probable et « ne changerait probablement pas grand-chose à la situation des travailleurs sur place ». En effet, le réveil collectif aurait du s’effectuer bien plus tôt et d’une meilleure manière, d’autant plus que, vous allez le découvrir, certains pays ne s’y opposent pas réellement, ou n’osent pas bousculer les instances. Décryptage.

Un Mondial remis en question depuis 2010

Nous sommes fin 2010 et la décision prise par la FIFA surprend le monde du ballon rond : le Qatar sera le pays hôte de la Coupe du monde 2022. Dans la lignée d’une – judicieuse – politique de variation géographique (Asie en 2002, Europe en 2006, Afrique en 2010, Amérique du Sud en 2014 puis l’Europe/l’Asie en 2018), la FIFA se justifie ainsi pour avoir sélectionner le Qatar.

Pourtant, cette décision peut poser question sachant que des pays comme le Japon, l’Australie, la Corée du Sud ou encore les Etats-Unis, tous concurrents au Qatar pour cette nomination, semblaient avoir davantage de chances. Pourquoi ?

Tout d’abord, l’organisation d’un Mondial au Qatar implique une température bien évidemment supérieure à la moyenne. Pour vous donner un ordre d’idée, les maximales sont de 45 degrés (en 2015 le record atteint était de 53 degrés) de juin à août et des minimales autour de 30 degrés. Ce qui a contraint la FIFA à organiser l’événement en automne, du 21 novembre au 18 décembre 2022, du jamais vu dans l’histoire puisque cette période est habituellement réservée aux clubs.

État pétrolier, mais surtout premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié, l’émirat a tout misé sur sa puissance financière et son positionnement géographique, au centre d’un marché télévisuel qu’il estime à près de 3,2 milliards de téléspectateurs. Forcément, ce sont des aspects qui ont poussé la FIFA à valider ce choix et aucunement pour son football reconnu qui… n’existe pas ou que très peu dans ce pays.

Ensuite, pour malgré tout attirer et satisfaire les supporters du monde entier, le Qatar développe ainsi un système de climatisation dans les stades. Une action qui passe mal notamment auprès des écologistes et fervents défenseurs de la planète, d’autant plus que six stades doivent être construits de zéro et deux autres doivent être modernisés. C’est alors que nous identifions alors un problème colossal au sein des chantiers de constructions depuis 2011.

crédit : Wikimédia Commons

Des conditions de travail déplorables

Les travaux débutent en 2011.

Depuis, plus de 6500 personnes originaires du Pakistan, d’Inde, du Népal, du Bangladesh et du Sri Lanka, entre autres, ont trouvé la mort sur ces fameux chantiers de routes, d’aéroports, de stade, d’hôtels… destinés à la Coupe du monde 2022.

Pour déterminer ce chiffre d’environ douze ouvriers morts par semaineThe Guardian (journal britannique) s’appuie sur les statistiques données les gouvernements de ces pays, principaux fournisseurs de la main-d’œuvre au Qatar. Et le nombre total de décès serait sous-évalué et pour cause, les données d’autres pays, dont les Philippines ou le Kenya notamment – qui comptent également de nombreux ressortissants travaillant au Qatar – n’ont pas été recueillies. A noter que les chiffres ne sont pas connus depuis la fin 2020.

Selon une recherche commandée par l’Organisation internationale du travail des Nations Unies, les travailleurs sont confrontés à un stress thermique important lorsqu’ils travaillent à l’extérieur au moins quatre mois dans l’année.

De nombreux décès sont classés en morts naturelles par les autorités, donc n’ayant aucune relation avec les tâches et les conditions dans lesquelles évoluent ces travailleurs précaires.

« Il y a un réel manque de clarté et de transparence autour de ces décès »

Amnesty International

De son côté, le Qatar dément les affirmations du Guardian, et a déposé une plainte contre le quotidien britannique.

Et la FIFA dans tout ça…

Pour expliquer brièvement, la FIFA (Fédération International Football Association) est l’instance en charge de gérer et développer le football à travers le monde. Elle est donc à l’initiative de la Coupe du monde depuis sa création, en 1924, et aujourd’hui, le monde du ballon rond attend actuellement une sanction de la part de la Fédération. D’autant plus que de nombreuses polémiques circulent sur des soupçons de « pots-de-vin » / de corruption quant à l’attribution de la compétition. Tout ceci expliquerait le manque d’action de la FIFA dans ce dossier et appuierait les spéculations en cas de non-réaction.

Néanmoins, la FIFA s’est défendue en rappelant « les mesures de santé et de sécurité très strictes » mises en place sur les sites. L’instance du football mondial réagit également de cette manière :

« La fréquence des accidents sur les chantiers de la Coupe du monde de la FIFA a été faible par rapport à d’autres grands projets de construction dans le monde ».

FIFA

Et la France ?

Comme évoqué précédemment, de nombreuses sélections et quelques joueurs comme Toni Kroos ou Joshua Kimmich prennent le risque d’élever leur voix – sur des t-shirts forts de sens – pour dénoncer les conditions de la prochaine Coupe du monde 2022 au Qatar mais aussi la politique au sein du pays.

« La première raison, ce sont les conditions des travailleurs puis le fait que l’homosexualité soit pénalisée et punie au Qatar et aussi que ce ne soit pas un pays de football »

Toni Kroos

Invité de l’émission Newsnight de la BBC, l’ancien attaquant de l’équipe de France, Thierry Henry, a félicité les actions de certaines équipes nationales contre l’organisation du Mondial au Qatar.

« Permettez-moi de parler de ce que les joueurs et Fédérations ont fait : c’était génial. Ils prennent position et je pense que le football peut aussi être cela. Ces joueurs doivent se rendre compte qu’ils ont une voix et qu’ils peuvent changer beaucoup de choses. » 

Thierry Henry

Mais au sein des instances françaises, il est hors de question de parler de boycott, notamment pour Noel Le Graët, récemment réélu à la tête de la Fédération Française de Football.

« Le Qatar a été désigné depuis longtemps par des gens responsables, on ne va pas aller sur une remise en cause à un an de l’organisation. La France sera présente au Qatar si elle se qualifie« 

Noel Le Graët

En effet, bien que les joueurs et certaines sélections se mobilisent pour dénoncer la situation effrayante, il est inenvisageable de parler de boycott tant la Coupe du monde de football représente un évènement planétaire et rentable… Les réactions sont, malheureusement, bien trop tardives tandis que l’attribution de ce tournoi remonte à une décennie. Mais c’est, sans aucun doute, le début d’une voix qui se fait entendre, qui résonne : celle des joueurs.

Sportivement, la fin d’année 2022 risque d’être mouvementée. A souligner que les Jeux Olympiques d’hiver de 2022 auront lieu en Chine, tandis que le pays est au cœur d’une enquête mondiale concernant, elle aussi, le respect des Droits de l’Homme.

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