Alexandria Ocasio-Cortez, l’audacieuse

« AOC », sonne comme l’acronyme à retenir. Et pour cause. Depuis son élection au Congrès en 2018, la jeune démocrate de 31 ans Alexandria Ocasio-Cortez, ne cesse de bousculer les lignes d’une Amérique plus divisée que jamais. En apportant notamment de la modernité au sein d’une politique américaine vieillissante.

Ses prises de paroles déstabilisantes, son franc parler, son aura, ses engagements féroces dans chacun de ses combats et son expérience personnelle de citoyenne ordinaire font d’Alexandria Ocasio-Cortez « la candidate du futur » à gauche. Et l’ennemie public numéro 1, à droite. Portrait.

Du Bronx à Washington D.C.

Née en 1989 à New York, dans l’arrondissement du Bronx, Alexandria Ocasio-Cortez représentera quelques années plus tard cet arrondissement au Congrès. Et pourtant, la jeune femme ne se prédestinait pas à la politique.

Alexandria grandit aux côtés de sa mère, Blanca Ocasio-Cortez, née à Porto-Rico et de son père, Sergio Ocasio, architecte de profession, né lui aussi dans le Bronx. Une famille de « classe moyenne » qui s’installe à Yorktown Heights, dans un quartier plutôt aisé de New York.

Pourtant en 2008, le décès du père – des suites d’un cancer du poumon – va faire basculer la stabilité familiale. Ce dernier laisse manifestement derrière lui des factures médicales impayées, aucune assurance-vie pour couvrir ses proches et surtout pas la moindre rédaction de testament. Ce qui a notamment impliqué la jeune Alexandria et sa mère dans une lutte juridique éprouvante, dans le but d’éviter la saisie de leur maison. C’est d’ailleurs ainsi qu’AOC découvre, jeune, le système pénal américain et ses disfonctionnement.

Une vie de classe moyenne abandonnée donc, Blanca Ocasio-Cortez cumule deux emplois dont celui de femme de ménage.

Sa fille, Alexandria ne trouve également que des emplois précaires, dont celui de serveuse dans un bar de Manatthan. Malgré un diplôme en Economie et Relations internationales obtenu à Boston en 2011 et une deuxième place au Salon International des Sciences et Techniques Intel – le plus grand événement de recherche scientifique pré-universitaire du monde – acquise quelques années auparavant. Passionnée de microbiologie, elle rêvait même de devenir gynécologue à ce moment-là.

Alexandria Ocasio-Cortez Remarks at 2011 Boston University Martin Luther  King Jr., Celebration - YouTube
crédit : Capture de YouTube / Discours d’AOC en 2011 lors du MLK Day, à son Université de Boston

En politique par « surprise »

Dans le même temps, elle fait néanmoins ses premiers pas en politique et collabore auprès du sénateur démocrate Ted Kennedyfrère de l’ancien Président, John Fitzgerald Kennedy – sur les questions de l’immigration et des regroupements familiaux. Elle part à la rencontre des minorités oubliées afin d’apporter aux démocrates ses connaissances liées à son histoire personnelle et sa maitrise de l’espagnol.

D’après le site Politico, elle fonde une maison d’édition de livres pour enfants, pour représenter son quartier du Bronx sous un angle positif, jovial plutôt que criminel et morose.

En 2016, des organisations citoyennes visant à recruter des candidats « normaux », représentatifs du peuple américain, ont été créées aux USA. Contre toutes attentes, le frère d’Alexandria l’inscrit à ces organisations et cette dernière est immédiatement choisie pour sa personnalité forte et ses convictions assumées.

Il y a une profonde incompatibilité entre la communauté et ceux qui la représentent. Qu’est-ce qu’il y a de nouveau dans des candidats qui sont blancs, qui ne sont pas des femmes, qui ne sont pas issus des classes populaires et qui ne défendent pas des politiques progressistes ? »

Alexandria Ocasio-Cortez

Une campagne authentique

C’est alors qu’AOC, toujours serveuse, devient candidate à la primaire démocrate du 14e district de New York face à Joseph Crowley, un Congressman de 56 ans, jugé indétrônable grâce notamment au soutien financier conséquent dont il dispose par le biais des entreprises privées.

Ultra déterminée, elle mène une lutte impressionnante pour tenter de l’emporter dans sa circonscription qui englobe le Bronx et le Queens (majoritairement hispaniques, afro-américains et asiatiques). Elle fait notamment preuve d’authenticité en faisant elle-même du porte à porte, des tracts en nombre et de multiples meetings. La jeune candidate n’hésite pas à se servir des réseaux sociaux pour mobiliser sa génération et celle d’après. Ne connaissant pas les codes de la politique et ne jouant pas un rôle, elle agit comme elle pense être bon d’agir, pour la communauté et le bien de son peuple.

De l’autre côté, le Congressman en place ne produit pas les mêmes efforts et considère sa place comme acquise. Il ne mesure pas la menace de cette novice en politique, qui compte 10% de retard sur lui dans les sondages à quelques semaines de l’élection. Pourtant…

Son origine, sa forte conscience de classe, son engagement auprès des jeunes, pour les justices sociales ou encore l’écologie l’emmènent, à 28 ans, plus jeune candidate jamais élue au Congrès avec, tenez vous bien, 78% des voix en sa faveur !

crédit : Flickr

Elle représente alors les « working people«  – la classe ouvrière – et défend avec beaucoup de ferveur le droit à l’assurance santé pour tous en s’appuyant sur son expérience ou celle de ses proches. Elle expliquera quelques jours après son élection s’être faite poser des bagues orthodontiques; ce qu’elle ne pouvait évidemment pas se permettre lorsqu’elle ne bénéficiait d’aucune couverture santé.

Alexandria Ocasio-Cortez devient alors rapidement cheffe de file d’une nouvelle vague de candidats à la gauche du parti démocrate. Candidats souvent issus de minorités – ethniques, religieuses ou sexuelles – jusqu’alors peu représentées au Congrès.

L’icône de l’opposition sous l’ère Trump

En 2020, lors de la primaire démocrate, elle est réélue largement au Congrès. AOC s’engage aux côtés de Bernie Sanders pour l’élection présidentielle de 2020 puis se range logiquement ensuite du côté de Joe Biden lorsque Sanders abandonne. Malgré certaines divergences avec le programme de Joe Biden, il est inconcevable pour elle de poursuivre l’aventure avec Donald Trump.

Wonder Woman pour la gauche et méchante sorcière selon ses détracteurs de droite” 

TIME

Et ce sont ses discours poignants dans l’hémicycle, d’une maitrise quasi parfaite qui feront d’AOC la 2ème personnalité politique la plus citée sur Twitter en 2020, derrière son opposant, Trump.

En effet, en bonne Congresswoman assidue et sérieuse qu’elle est, AOC ne loupe que 2 votes sur 701 et prend son rôle à cœur. Elle travaille à la fois sur le terrain, dans sa circonscription, à travers le pays mais aussi à son bureau chaque loi ou chaque audition parlementaire.

Nous avons en tête notamment l’accueil qu’elle a réservée, il y a deux ans, au créateur de Facebook, Mark Zuckerberg, qu’elle déstabilise en le tenant responsable de la désinformation propagée en nombre sur le réseau social américain :

Maitrisant toutes les techniques de prises de parole en public, et malgré son manque d’expérience, son jeune âge, elle parvient à captiver son auditoire, à utiliser la rhétorique pour déstabiliser et faire avouer les torts de son interlocuteur.

Elle se sert des silences qui poussent volontairement à la réflexion, et utilise judicieusement son histoire pour s’engager de manière sincère.

Très peu d’alliés à Washington

Parfois seule à voter contre des projets de lois au Congrès, elle est souvent férocement blâmé par l’opposition, parfois même par son parti politique. Bien qu’elle ne répond – ou bien avec répartie – quasiment pas, elle est régulièrement critiquée pour ses tenues luxueuses en couverture de magazines, son coiffeur qu’elle paie 300 euros par coupe et son train de vie à Washington qui semble être éloigné finalement de ses engagements contre les inégalités salariales.

Des critiques régulièrement portées sur ses actes plutôt que ses convictions politiques.

Et c’est principalement son engagement actif et son omniprésence sur les réseaux sociaux qui en dérange plus d’un côté Républicains. Ce n’est, en réalité, pas l’image Historique qu’ils ont des membres du Congrès, majoritairement vieux, blancs, rarement présents sur les réseaux sociaux, assez discrets, voire absents, qui enchaînent les mandats et usent de leur pouvoir politique. Pas pour tous, certes.

L’été dernier c’est l’un d’eux, le député Ted Yoho, qui en a fait les frais. Ce dernier avait insultée Alexandria Ocasio-Cortez, qui n’a pas hésité à le remettre à sa place :

Quel programme ?

Le « Phénomène AOC » divise au sein d’une Amérique, elle-même divisée en deux parties. Mais au fil des mois, de part ses interventions et sa présence sur le terrain – lors de manifestations notamment – sa communauté grandit davantage. Elle assume son combat pour le mouvement Black Lives Matter, ne cesse de lutter contre le racisme, les discriminations et le harcèlement à l’école ou sur les femmes.

AOC s’engage activement surtout pour le « Green New Deal » : une multitudes de projets globaux d’investissement – notamment dans les énergies décarbonées – visant à répondre aux grands enjeux environnementaux et climatiques. Ce projet, porté par la députée, elle-même, est aujourd’hui devenu sujet central du Congrès.

Elle défend, comme évoqué précédemment, l’accès aux soins, à l’assurance-maladie et à un logement décent « comme un droit humain accessible à tous ».

Alexandria Ocasio-Cortez milite pour le soutien des emplois publics et pour un salaire minimum horaire de 15 dollars. En 2020, elle promet de se battre pour davantage d’universités publiques gratuites et pour l’abolition de l’agence fédérale de contrôle aux frontières. 

Appartenant à l’aile gauche du parti démocrate, Alexandria Ocasio-Cortez reste prudente quant à l’élection de Joe Biden, démocrate-centriste, malgré le soutien qu’elle lui a apporté à la présidentielle. Un soutien qui avait pour but, on le rappelle, d’empêcher la réélection de Donald Trump.

L’histoire de notre parti démocrate tend à montrer que la base est galvanisée par la perspective de l’élection, mais que ces communautés sont rapidement abandonnées après l’élection

AOC

L’avenir semble tout tracé pour la jeune députée démocrate de la 14e circonscription de New York. AOC qui provoque une « révolution » au sein d’une politique américaine en grand danger.

En 2020, un nombre record de femmes, et également des femmes de couleurs, se sont engagées dans la course au Parlement américain. Là plupart voient en Alexandria Ocasio-Cortez, un véritable espoir. Puis la nomination de Kamala Harris au poste prestigieux de Vice-Présidente des Etats-Unis accroit cette aspiration, que n’avaient pas – ou peu – les femmes de couleurs dans ce pays.

Bien qu’elle n’avait pas encore l’âge légal – 35 ans – pour se présenter à la primaire des élections présidentielles de 2020, nombreux sont ceux qui voient en elle la potentielle première femme à devenir Présidente des Etats-Unis.

Latina, de gauche, authentique, charismatique, oratrice ô combien talentueuse, à l’aise avec les réseaux sociaux et la culture populaire, Alexandria Ocasio-Cortez semble avoir le profil idéal pour rompre avec une politique américaine instable et plus-que-jamais critiquée.

crédit couverture : Flickr (nrkbeta)

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