Olivier Rousteing, itinéraire d’un créateur « Né sous X »

Grâce à lui, entre autres, la maison Balmain se place de nouveau sur le devant d’une scène que le label semblait avoir quitté avant son arrivée, le 26 avril 2011. Adopté. Noir. Gay. De ces “différences” il en a fait une force, et pas des moindres.. Aujourd’hui, l’enfant terrible des réseaux sociaux est devenu l’un des directeurs artistiques les plus influents du monde, non seulement pour son talent mais aussi pour son histoire, son ascension. Portrait.

Une histoire humaine

Je ne sais pas d’où je viens mais je sais où je veux aller »

Olivier Rousteing dans « On N’est Pas Couché » sur France 2

En 2019, la réalisatrice Anissa Bonnefont part à la rencontre d’un homme qui nage en plein succès. Un succès qui cache néanmoins un vide douloureux, profond, une solitude paradoxale. Cet homme de trente cinq ans, du nom d’Olivier Rousteing, cherche à savoir d’où il vient et aspire à connaître l’identité de ses parents biologiques. Pendant près d’un an, Anissa Bonnefont assiste à des moments d’une douleur extrême et de découvertes salvatrices. Un documentaire puissant, inspirant. Il découvre notamment que sa mère biologique  n’est pas repartie dans son pays d’origine mais habite à 10 min de sa ville, depuis tant d’années. 

Le 13 septembre 1985, un nouveau-né, sans nom, sans photo, est abandonné à la naissance par une mère d’origine somalienne, qui avait l’âge de 15 ans et par un père éthiopien, tous deux anonymes. Adopté à l’âge d’un an, c’est auprès d’une famille blanche, résidant à Bordeaux, qu’ “Olivier”  va construire sa vie. Son père est directeur du port autonome de Bordeaux tandis que sa mère est assistante sociale. Très jeune, il avoue vivre sous la pression de l’abandon. Dans la peur d’être lâché par sa famille adoptive, il dédouble d’efforts durant sa scolarité, cherchant la fierté de ses parents. 

C’était déjà un challenge énorme que mes parents adoptent un enfant noir dans une famille blanche, croient en moi. Par conséquence, mon devoir était de ne pas les décevoir”

Olivier Rousteing

Néanmoins, Olivier Rousteing avoue avoir eu une enfance heureuse, une chance immense d’être “tombé” sur cette famille. Non seulement grâce à ses parents adoptifs mais aussi grâce à ses grands-parents dont il est, encore aujourd’hui, extrêmement proche. Il en fait une force rare, l’abandon lui permet une créativité rare, son but est de “sublimer la réalité, comme le fait la mode”, dit-il. 

Mes parents avaient beaucoup moins d’ambition que moi et ils ne comprenaient pas pourquoi je rentrais en pleurant quand j’étais second de la classe. Ma mère s’inquiétait de me voir réviser jusqu’à 5 heures du matin.” 

Olivier Rousteing. Propos recueillis par le magazine « Elle »

De son abandon, une force.

A 17 ans, il quitte Bordeaux pour l’Italie et multiplie les stages de haute-couture sur Rome. Ses parents souhaitent qu’il devienne avocat en droit international mais il suit sa propre voie. Ses vivres seront coupés et une fracture éphémère se crée avec ses parents adoptifs.

Deux années plus tard, Olivier se laisse porter par ses rêves et quitte sa ville d’enfance, une nouvelle fois, pour monter sur Paris. Durant quatre mois, il apprend les bases de la mode à l’ESMOD, une école privée spécialisée dans les métiers de la mode. Il ne poursuit pas ses études à cause de professeurs qu’il ne trouvait pas intéressant et trop “terre à terre”. 

J’avais très vite envie de mode, envie de rêver aussi »

Olivier Rousteing

Il se laisse néanmoins guidé par sa passion en effectuant ses premières classes lors d’un stage chez Roberto Cavalli, styliste italien de renom. Une expérience manifestement très prometteuse puisqu’il sera propulsé au rang de Directeur des collections prêt-à-porter. Cette expérience dure cinq ans, le temps de se construire l’un des réseaux les plus puissants de la mode. Un réseau qui l’amène aux portes de la maison Balmain en 2009.

crédit : Flickr

Dans un premier temps, le jeune prodige de 23 ans, est contacté par la maison de couture française fondée par Pierre Balmain, pour un poste de responsable de studio de créations pour les collections Femme aux côtés de Christophe Decarnin, ancien Directeur Artistique. Deux ans plus tard, à force de travail et d’opportunités, il est promu directeur artistique, à seulement 25 ans. Un pari gagnant pour la marque française qui affectionne tout particulièrement le mix d’Olivier qui navigue entre culture pop, rock, hip-hop des années 90 et classicisme avec des découpes audacieuses et originales. Une fibre artistique inouïe, et cette fois, il n’habille pas seulement les femmes mais aussi les hommes. Olivier Rousteing touche à tout, il a les clés de l’agence en quelque sorte. Il s’éloigne même du style de son prédécesseur, prend des risques et adopte un changement radical. Il est l’un des premiers à impliquer pleinement les millennials (l’ensemble des personnes nées entre le début des années 1980 et la fin des années 1990) et réduit l’écart entre le populaire et l’élitisme. 

Son style se démarque rapidement. Impliqué, il supervise chaque détail de création, de shootings, de campagnes publicitaires mais aussi de communication digitale… Perfectionniste, Olivier Rousteing ne rate aucune étape d’une collection, de A à Z à la manière d’un Virgil Abloh, chez Louis Vuitton ou Nicholas Ghesquière pour Balenciaga. Travailleur acharné, Olivier ne prend jamais de vacances, aucun temps pour lui, comme en témoigne le biopic “WONDERBOY, Né sous X” évoqué dans la première partie. Il aime son métier, est arrivé à son objectif, s’en est donné les moyens et en veut encore.

Très proche de la dynastie Kardashian, de Jennifer Lopez ou encore Rihanna, la maison Balmain profite du carnet d’adresse conséquent d’Olivier Rousteing pour asseoir sa notoriété. Pourtant, le bordelais a du mal à faire confiance aux autres, en amitié ou en amour, et pour cause son lourd passif.

Alors, l’argent fait-il vraiment le bonheur ? En tout cas, le débat mérite d’exister.

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