Kanye West, déclin du surdoué

Rappeur, compositeur, designer, réalisateur, milliardaire, père de famille mais aussi bipolaire, excentrique, incontrôlable, orgueilleux et candidat à l’élection présidentielle américaine. L’auto-proclamé « King of pop », récompensé par 21 Grammy Awards, dispose d’une multitudes de casquettes et n’a pas fini d’alimenter la controverse. Portrait d’un artiste, d’un homme qui aspire à devenir le 46e président des Etats-Unis d’Amérique mais dont la santé mentale inquiète sérieusement son entourage et surtout sa femme, Kim Kardashain.

L’artiste, à l’immense carrière

Kanye West est né en 1977 à Atlanta d’un père afro-américain activiste et engagé auprès des Black Panthers pour la lutte des Droits civiques et d’une mère d’origine Nigéro-angolaise, professeure d’anglais à l’Université. Ses parents divorcent lorsqu’il a seulement 3 ans et il s’installe à Chicago aux côtés de sa mère. Kanye passera une partie de son enfance en Chine, dans une école où il demeure le seul étranger. Il s’adapte, apprend le chinois et devient un excellent élève.

Passionné de musique et d’art en général, Kanye West débute sa carrière musicale au début des années 2000 en tant que producteur et compositeur au sein du label Roc-A-Fella Records. Jermaine Dupri, Foxy Brown ou encore Harlem World s’attirent les talents du jeune Kanye. Mais c’est l’arrivée de Jay-Z dans ses cordes qui va accroître très rapidement sa notoriété et lui permettre de travailler sur les albums de Ne-Yo, T-Pain, Mariah Carey, Janet Jackson, John Legend, Ludacris, Alicia Keys et pleins d’autres…

Le 23 octobre 2002, alors que Kanye West est âgé de 25 ans, il est victime d’un terrible accident de voiture et frôle la mort. Il en ressort fracturé de la mâchoire. Deux semaines plus tard, le beatmaker d’Atlanta se lance dans le rap et dévoile son tout premier titre : Throught the Wire. Il raconte, mâchoire fraîchement recousue, les faits qui se sont déroulés et qui auraient pu lui être fatal.

Dans le même temps, il lance avec sa mère une association (portant son nom) qui a pour but de lutter contre l’échec scolaire à travers la musique. Une musique qui lui porte chance et l’amène davantage à la lumière. The College Dropout, son premier album, se hisse en tête des charts et sera récompensé par trois Grammy Awards. Le New York Times le couronne de « disque de l’année ». Un génie voit le jour.

En 2005, Kanye West sort son deuxième album, le plus attendu de l’année : Late Registration. Des collaborations évidentes pour l’ancien beatmaker comme celles avec Jay-Z ou John Legend.

Deux ans plus tard, le superbe projet « Graduation » fait sa sortie. Un hommage à son mentor de toujours, son modèle et celui à qui il doit tout : Jay-Z. Un projet qui le mènera sur la plus haute marche du classement des albums rap les plus écoutés aux Etats-Unis cette année là.

Les textes de Kanye se veulent assez dénonciateurs. Ce dernier pointe du doigt le racisme, l’homophobie et différentes discriminations qui perdurent dans son pays. C’est notamment ses lyrics francs qui vont le différencier des autres rappeurs. Néanmoins, un clash avec 50 Cent, géant du rap US, va éclore. Et c’est à ce moment bien précis que Kanye West bouleverse le rap américain, voire mondial. A contrario de son rival, qui affectionne le Gangsta Rap et les paroles bien plus violentes, Kanye va adapter ses lyrics et travailler sur la manière de populariser le rap, le rendant davantage « mainstream » à travers des ambiances électro, pop ou même R&B. Il n’y a qu’à voir sa collaboration avec Daft Punk :

En 2011, quelques albums plus tard, ce qui devait arriver, arriva : un album en collaboration avec Jay-Z voit le jour : Watch The Throne. S’en suit une tournée mondiale pour ce duo à succès, considéré comme l’un des meilleurs que le rap américain n’ait jamais connu. A ce moment-là, Kanye West entre dans une nouvelle dimension et devient la superstar qu’il a toujours voulu être et qu’il était persuadé de devenir. Ah oui, on a oublié de vous dire mais cet homme se compare à Dieu depuis toujours. Humilité.

Si ce projet entre Jay-Z et West ne vous dit rien, on vous donne rendez-vous à la Track 3 :

Le sizième album « Yeezus » du rappeur connaît un véritable succès, lui aussi, pour un artiste qui se veut d’une constance absolue. De la mégalomanie, de l’égo trip à répétitions, et un synthétiseur bien trop utilisé… cet album fera, il faut l’avouer, de nombreux déçus. Il faut croire que la tournée avec Jay-Z gonfle son estime de soi, ce qui va notamment l’éloigner d’une partie de son public.

Au commencement de l’année 2015, alors que l’on croit Kanye West pratiquement « fini », une collaboration historique entre Rihanna, Paul McCartney (guitariste des Beatles) et lui-même va naître, le rapprochant d’un nouveau public (pour le coup EXTRÊMEMENT mainstream) :

Mais pas seulement, l’année 2015 sonne comme l’union entre Kanye et le grand public. Il se lance dans la mode et le design en s’associant avec adidas. De cette collaboration naît une ligne de vêtement « Yeezy » style « streetwear », à l’heure où la mode affectionne se mêler au style urbain. Un style urbain que Kanye West défendra à de multiples Fashion Week, avec des défilés parfois chaotiques, organisés par lui-même. Sans oublier une collection de baskets extrêmement populaire dans le monde : les « Yeezy Boosts« . Sa marque sera valoriser à près de 3 milliards de dollars, une responsabilité énorme à laquelle ne s’attendait pas forcément Kanye cette fois-ci.

crédit : Flickr

Il aurait été possible de boucler la discographie de Kanye après ce passage sur la mode mais non… il faudrait un bouquin immense pour la décrypter, il est bien trop complexe de la résumer en quelques lignes. Surtout lorsque l’on arrive à 2016 et son album The Life of Pablo.

Subjectivement, quelle réussite ! Mais le projet a évidemment fait couler beaucoup d’encres. Nous l’évoquions depuis le début, Kanye West cherche, depuis son clash avec 50 Cent, à séduire le grand public et sur cet album c’est chose faîte ! Il reflète l’aboutissement d’un travail réalisé par une équipe de perfectionnistes dans le but de ne jamais délaisser son flow légendaire, des rues de Chicago, sans pour autant faire des hits bien trop copieux. C’est un mélange des deux. Que l’on apprécie ou pas, c’est un album extrêmement travaillé, qui est entré dans l’histoire en devenant le premier disque de platine de l’ère du Streaming. Cet album a ouvert la voie à de nombreux artistes.

La discographie se conclut par Ye, publié en 2018, très introspectif, intime mais surtout décevant et qui raconte la manière dont Kanye vit le succès et une vie privée complexe. Une phrase, et non le titre de son album, est écrite sur la pochette : « Je déteste être bipolaire, c’est génial », l’une des premières fois où il assume sa maladie.

Un album prénommé Yandhi, orienté rap, avait été annoncé à l’avance par le label de Kanye. Repoussé dans un premier temps, puis abandonné par l’artiste, l’album ne verra finalement pas le jour et laissera place en octobre 2019 à Jesus Is King, un (excellent) album gospel considéré par l’artiste comme « une expression de l’Évangile » et qui sonne comme la renaissance d’un homme souffrant. Oubliez les lyrics portés sur la sexualité, la drogue ou encore la violence, Kanye suit un thème chrétien accompagné par Sunday Service, son propre groupe de gospel tout simplement magique. Ce projet vient clôturer une discographie riche en qualité et en surprises. Une discographie qu’il tentera d’ailleurs de réadapter à la morale chrétienne, voulant changer et censurer une partie de ses textes mais… il y en avait beaucoup trop.

On y découvre alors une direction artistique nouvelle, bien éloignée de ses débuts, délaissant le côté hip-hop / soul de ses premiers albums. Après tout, c’est ce que Yeezy a toujours voulu. Cependant, cela risque de le détacher complètement de la scène rap qu’il révolutionnait et dominait un certain temps. Un risque à prendre pour celui qui avait très récemment annoncé la fin de sa carrière, considérant le rap comme « la musique du diable ». Difficile de faire machine arrière ensuite…

L’homme, incompris

crédit : Flickr

Entre polémiques, clashs, propos racistes ou encore plagiats… il est si difficile de cerner l’homme au franc parler parfois trop soudain.

Kanye West est avant tout un homme bon. Récemment, il a versé près de 2 millions de dollars aux familles de George Floyd, Ahmaud Arbery et Breonna Taylor, victimes du racisme que son père a vivement combattu il y a 60 ans. Yeezy apparaîtra d’ailleurs plusieurs fois au cœur des manifestations.

L’homme d’affaire de 43 ans n’en est pas à son premier engagement. En 2010, il participe notamment à une campagne d’appel au boycott de l’Arizona suite à une loi étendant la pratique du contrôle d’identité dans le cadre de la lutte contre l’immigration illégale. Sans compter ses multiples aides financières dans le but d’éradiquer ce racisme.

Cependant, de nombreuses actions et propos contredisent tous ses actes et amènent l’incompréhension totale. Tout d’abord dans ses textes où Kanye navigue depuis toujours entre le bien et le mal, l’ange et le démon. Cet excellent parolier a constamment été dans le flou, ce qui créa déjà en lui une tension intérieure grandissante, nourrie d’indécisions constantes.

« Si le diable s’habille en Prada, Adam & Eve portent nada. Je suis entre les deux, juste beaucoup plus frais »

Kanye West – Can’t tell me nothing

Ensuite, lorsque West perd sa mère en 2007, il subit un véritable choc émotionnel et un effrayant changement de comportement s’en suit. Un côté excentrique apparaît et un penchant pour les polémiques attirera peu à peu les médias people dont il fera régulièrement la Une. Et cela tombe bien car Kanye aime que l’on parle de lui.

En 2016, deux ans après avoir épousé la célèbre star de la télé-réalité Kim Kardashian, avec qui il aura 4 enfants, Kanye West est interné pendant plusieurs semaines dans un hôpital psychiatrique à la suite d’une multitudes de propos déplacés. On lui découvre alors de sérieux troubles de bipolarités, d’hypersensibilité et de paranoïa. Ce sont ces raisons qui le pousse notamment à se rapprocher un maximum de Dieu, lui apportant une paix intérieure, affirme-t-il.

Courant 2018, tandis que le rappeur semblait avoir guéri, des propos insoutenables et allant à l’encontre de ses valeurs vont stupéfier l’opinion publique. Ouvertement, il propose de supprimer le 13e amendement de la Constitution américaine qui n’est autre que celui qui a aboli l’esclavage et déclare ceci :

« On entend parler de l’esclavage qui a duré 400 ans. MAIS PENDANT 400 ANS ?! Ça ressemble plutôt à un choix »

Kanye West. Propos recueillis par TMZ

Des déclarations chocs qui vont s’en suivre d’une polémique sans précédent. Il s’excusera, en larmes, peu de temps après, donnant l’impression de ne rien contrôler, aucun de ses faits et gestes. Kanye West, lâché par nombre de ses amis et collaborateurs (par sa femme quelques temps), décide de soutenir Donald Trump dans sa présidence. Pour rappel : ce dernier prône une politique extrêmement conservatrice, basée entre autres sur la discrimination et sur le racisme. Kanye fera même sa rencontre au sein de la Maison Blanche. Pour le coup, ce soutien assumé n’arrange en rien les polémiques autour de lui… Son mentor et ami de toujours, Jay-Z, ne lui adressera plus la parole durant de très longs mois.

Tandis que Kanye West semble aller nettement mieux, il craque à nouveau… et c’est le moins que l’on puisse dire !

Se sentant trahi par le manque de soutien de Donald Trump à l’égard des manifestations Noires (comme cela est étonnant…) qui secouent le pays, le fondateur de Yeezy se déclare candidat à la présidentielle de 2020.

West se proclame « candidat de Dieu » et axe son programme sur le respect le plus total de la religion, et des aspects qui lui sont chers, c’est-à-dire l’anti-avortement, l’anti-vaccin, l’anti-plan familial. Un programme que ne soutient pas vraiment le clan Kardashian.

Dans un premier temps, le peuple américain pense que Kanye dérape, comme à l’accoutumé, mais ce dernier lance officiellement sa campagne en se rendant à son premier meeting, le 19 juillet dernier. Celui qui ne semble réunir que 2% d’intentions de votes dans les sondages fond littéralement en larmes lors de cette réunion publique. Il y révèle avoir insisté pour que « KimK », sa femme, avorte de leur premier enfant, North (aujourd’hui âgée de 7 ans).

« J’ai failli tuer ma fille »

Kanye lors de son premier meeting politique, au sujet de l’avortement

Un craquage qui prouve le mal-être, les soucis de santé dans lequel est plongé le rappeur depuis plusieurs années, et qui inquiète sérieusement sa femme qui sort du silence pour la première fois sur ce sujet :

« Il arrive que mon mari prononce des mots qui ne correspondent ni à son cœur, ni à ses intentions réelles. il est nécessaire que la société soit compréhensive avec les individus souffrant de troubles mentaux dans les moments où ils en ont le plus besoin. « 

Kim Kardashian défend malgré tout son mari, à la suite de nombreuses rumeurs de divorces.
crédit : Flickr

En définitive, nous avons-là un artiste extrêmement doué, qui a su varier les styles, a l’influence débordante de part ses textes, son flow époustouflant, mais aussi sa créativité, son intelligence d’antan; et un homme aujourd’hui prisonnier d’une imposante partie sombre de sa personnalité qui le pousse à l’excès. Une période compliquée, qui ne va en rien améliorer l’image d’un personnage controversé, que l’on aime tant détester.

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